Montjean sur Loire
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Montjean sur Loire
Dix siècles d'histoire
Sur son promontoire dominant la Loire, observatoire facile à fortifier, Montjean a dû constituer un habitat privilégié pour les hommes primitifs, mais ils ne nous ont pas laissé de témoignages de leur présence, à l'exception de deux haches de pierre et une de bronze. Aucun vestige gallo-romain, aucune trace écrite non plus, avant ce document conservé aux Archives départementales qui nous apprend que le château fut pris par Réginald prince des Normands, qu'il y fut assiégé puis chassé en 924.
Le premier seigneur connu est Albéric Ier dont on sait qu'il est vivant en l'an 1000, mort en 1011, et que le comte d'Anjou Foulques Nerra, le cite toujours comme l'un de ses fidèles. Pendant plus de cinq siècles, ses descendants guerroient et festoient aux côtés des plus grands, et, par des alliances heureuses se trouvent, outre Montjean sur Loire, à la tête de fiefs prestigieux tels Ussè, Sillè-le-Guillaume, Cholet ... En 1493, Louis de Montjean fait construire à Bellevue un couvent pour les religieux de St François (Cordeliers). Dernier du nom, René, hérite de la baronnie en 1515. Grand seigneur intrépide, mais aussi prodigue et joueur, il est blessé et fait prisonnier en 1525 à Pavie. En 1526, il épouse Philippe de Montespédon, dame de Beauprèau. Lieutenant- général en Piémont (1537), maréchal de France en 1538, il meurt en 1539. Sa soeur et héritière Anne, veuve de Jean d'Acignè, marie en 1569 sa fille Judith à Charles de Cossé. Montjean sur Loire appartient alors aux Cossè-Brissac. Les héritiers de François de Neuville, duc de Villeroy (fils de Marguerite de Cossé), vendent en 1736 à Henri- François de Mailly de Viéville.
La Révolution et ses réformes sont plutôt bien accueillies. Les mariniers ont rapporté de leurs voyages les idées nouvelles de liberté et d'égalité. Une garde nationale forte de plus de trois cents citoyens actifs est constituée. Aux premiers jours du soulèvement vendéen, elle se porte contre les «insurgés» à La Pommeraye; elle est repoussée, et le bourg occupé par les Vendéens jusqu'au 18 septembre 1793. Les Républicains mettent le feu au château le 20; le bourg est dévasté en 1794. La municipalité se réfugie dans l'île. Encore en 1801, un millier de réfugiés s'y trouvent, dans le pire dénuement. Dans la tourmente, la chétive paroisse de Châteaupanne disparaît, partagée entre Montjean (l'essentiel), La Pommeraye et Chalonnes.
En 1832, la duchesse de Bery, qui veut récupérer le trône pour son fils, tente de soulever à nouveau la Vendée. Le 5 juin, une bande de Vendéens s'en prend aux gardes nationaux montjeannais retranchés dans le château mais doit se retirer après 4 heures de fusillade.
Le premier pont et la route qui conduit à la Nationale 23 sont inaugurés en 1850, juste avant l'arrivée du chemin de fer sur l'autre rive. La levée qui, sur 12 km protège l'agglomération et la vallée des crues de la Loire, entre Montjean sur Loire et St Florent-le-Veil, vient aussi de s'achever. Les travaux commencés en 1784 ont été stoppés par la Révolution et seulement repris vers 1845.
Une navigation intense est attestée en Loire depuis l'époque gallo-romaine. En 1838 on estime que 6000 bateaux, sans compter les bateaux à vapeur avec leurs innombrables passagers passent chaque année devant Montjean (beaucoup s'y arrêtent). Les mariniers montjeannais ont leur part de ce trafic. On en compte 60 sur la liste des citoyens actifs en 1791 (mais tous n'y étaient pas admis : il fallait payer l'impôt et ne pas être domestique).
Le chemin de fer qui arrive vers 1850 capte ces transports de marchandises et de voyageurs. Cependant les mariniers montjeannais ne renoncent pas. Quand, en 1878, on envisage d'établir le quai en amont du pont, on constate que 89 bateaux (péniches) ont Montjean pour port d'attache. Ils sont encore une bonne soixantaine en 1900, qui, pour la plupart transportent la chaux vers la Bretagne, en empruntant le canal de Nantes à Brest. Mais le déclin s'accélère.
Des mines de charbon sont connues de temps immémorial - mentionnées à l'époque où les Anglais occupaient l'Anjou. Le 11 mars 1541, dame Philippe de Montespédon, veuve du maréchal, autorise ses fermiers à extraire du charbon de terre. Il ne s'agissait alors que d'une exploitation superficielle, où chacun exploitait son fonds. Un arrêt du conseil d'Etat du 8 janvier 1754 accorde la concession des mines au seigneur, M. de Mailly, qui, en 1756, en confie l'exploitation à une association de mineurs belges.
Le sous-sol de la commune recèle également de vastes bancs de calcaire et l'on trouve un four-à-chaux en activité dès 1411 au Croissement; mais ce n'est qu'au XVIIIe siècle que cette industrie s'y développe en même temps que celle des mines. Juste avant la Révolution, un Montjeannais, Jean-Jacques Clémenceau de la Lande découvre le secret de cuire la chaux avec du charbon de terre.
Après la Révolution, l'ex seigneur devenu maire reprend l'exploitation du charbon. En 1813, 176 ouvriers sont employés à la mine. La production s'élève à son apogée en 1891 à 16200 tonnes. Entre temps, les mines provoquent la fortune ou la ruine de plusieurs sociétés. Dernière en date, la Société des Mines et Fours-à-chaux de la Basse-Loire que dirige Edmond Heusschen (maire 1874-1876) occupe près de 400 ouvriers en 1885 et l'on creuse à moins 220 mètres. Vers 1875, 13 fours à chaux fonctionnent sur la commune. Mais la médiocre qualité du charbon, l'irrégularité des couches, condamnent l'exploitation qui arrête définitivement en 1892. Les fours à chaux de Châteaupanne poursuivent leur activité jusqu'en 1962.
Montjean sur Loire dont la population s'accroît (3.541 habitants en 1866) connaît ainsi une intense activité au cours de la seconde partie du XIXe siècle, favorisant l'équipement de la commune. En 1864, on inaugure l'église construite sur l'emplacement du château; en 1869 l'école publique de garçons; en 1878 le presbitère... Puis l'arrêt des mines provoque là aussi le déclin qui se prolonge pendant toute la première moitié du XXe siècle. En 1940, le pont saute pour retarder l'avance allemande. En quelques semaines, les occupants en reconstruisent un sur pilotis, que viennent bombarder les super forteresses américaines le 7 juin 1944, lendemain du débarquement en Normandie. La Queue de l'île et le Rivage sont gravement touchés et, sous les ruines, on dénombre 5 morts et plusieurs blessés. Le pont est reconstruit en 1948-1949. Montjean qui n'a plus d'industrie et ne compte plus que 1842 habitants en 1954 connait alors un regain d'activité (usine de chaussures et autres, carrières, artisanat . . .) et bénéficie de nombreux équipements sportifs et culturels qui font le bonheur de ses 2500 habitants.






















